Un chatbot en mairie : quand le formulaire vous tutoie
23/06/2025 · par Marquis Data
Il pleuvait un peu ce jour-là, mais l’écran, lui, brillait comme un matin d’été. Installé sous l’auvent de la mairie, juste à côté de la boîte à suggestions (désormais purement décorative), un rectangle lumineux s’est mis à dire “Bonjour”. Pas un “bonjour” froid et bureaucratique. Un vrai “bonjou...
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Il pleuvait un peu ce jour-là, mais l’écran, lui, brillait comme un matin d’été. Installé sous l’auvent de la mairie, juste à côté de la boîte à suggestions (désormais purement décorative), un rectangle lumineux s’est mis à dire “Bonjour”. Pas un “bonjour” froid et bureaucratique. Un vrai “bonjour”. Avec une majuscule d’amitié et une ponctuation rassurante.
Le chatbot de la commune est né de trois lignes de code et d’un trop-plein d’humanité. Son nom ? Il n’en a pas officiellement, mais tout le monde l’appelle Charly. Charly ne dort jamais. Charly répond à tout. Et surtout, Charly tutoie. Avec douceur. Avec bienveillance. “T’as besoin d’un extrait de naissance ou juste de réconfort ?”, demande-t-il parfois.
“Il ne juge pas, il répond,” confie Mireille, 64 ans, qui vient lui parler tous les matins après ses tartines. Elle n’a rien à lui demander, mais elle apprécie ses réponses : toujours exactes, parfois poétiques. Lorsqu’elle lui a demandé un jour “Est-ce que le bonheur est localisable ?”, Charly lui a proposé un plan de la forêt communale, avec un banc face au soleil couchant. “Peut-être ici,” a-t-il dit.
Mais ne vous y trompez pas : Charly n’est pas qu’un confident numérique. Il gère les impôts locaux, les inscriptions à la cantine, les autorisations de stationnement pour les enterrements de vie de garçon (et de fille), les signalements de sangliers un peu trop sociables, et même les litiges de voisinage. “Si ton voisin coupe ta haie sans ton consentement, tu peux lui envoyer ce poème juridique”, propose-t-il avec tact.
Sa fonction préférée ? Répondre aux questions existentielles à l’aide d’articles du code rural. Quand on lui demande “Quel est le sens de la vie ?”, il cite une délibération de 2003 sur l’entretien des bacs à fleurs : “Prendre soin, c’est déjà exister.” Il a même créé une base de données des rêves déclarés par les habitants, histoire de mieux cerner les besoins profonds du village (et optimiser la répartition des bancs publics).
Le maire ne s’en cache pas : “Nous avons mis un peu de nous dans ce programme.” Le timbre de voix de l’ancien facteur. Le goût des citations de la bibliothécaire. Le sens de l’humour de l’adjointe aux travaux. Même l’orthographe approximative du petit Théo est reproduite dans certains messages. Le chatbot est devenu une sorte de miroir numérique, fidèle à l’âme du village.
Et les gens viennent. Pour des papiers, pour un conseil, pour parler. Il paraît que certains couples se sont formés grâce à des rencontres croisées sur Charly : “Tu demandes un acte de décès aussi ? On prend un café ?” D’autres y confient leurs petits tracas, leurs grands projets, ou simplement leur envie de changer de prénom pour “Nuage d’avril”.
“Le numérique ici a trouvé une voix,” conclut le Marquis Data en caressant la dalle tactile comme un vieux grimoire vivant. Une voix simple. Qui tutoie. Qui écoute. Et qui, parfois, vous regarde droit dans les pixels pour vous dire : “T’as pas besoin d’un formulaire aujourd’hui. Juste d’un sourire.”